Le nouveau FBI sort de l’ombre

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fbiLa CIA est-elle en train de vivre ses dernières années en matière opérationnelle sur le plan du contre-terrorisme ? Sûrement pas, mais l’inquiétude pouvait se lire sur les visages des « anciens » de Langley. C’est sous l’égide de Robert S. Mueller III, actuel directeur du FBI, et John S. Pistole, son adjoint opérationnel que s’est tenue le 28 octobre 2005 la présentation très fermée du « nouveau FBI, sa nouvelle branche de sécurité nationale et sa direction du renseignement ». Tous les cadres du renseignement américain (d’active ou à la retraite) – et donc de la très puissante communauté de l’intelligence US – étaient présents autour de la nouvelle équipe forte du FBI.

030723_FBI1_nRobert Mueller a fait appel à la très influente association des anciens officiers du renseignement (AFIO, association of former intelligence officers) présidée par le vétéran de la CIA, Eugène Poteat, et Peter Earnest, 36 ans d’active à Langley. Sécurité maximum donc au siège du FBI, où pendant deux jours les cadres fédéraux ont présenté la nouvelle mouture de la lutte contre le terrorisme et l’espionnage.

Le plan stratégique du contre espionnage aborde plusieurs points, le FBI se focalisera à l’avenir d’avantage sur la protection des Etats-Unis contre l’espionnage et les opérations de renseignement provenant de pays étrangers. Il se présente en 4 phases précises :

Les buts stratégiques : la prévention de la prolifération informationnelle CBRNE (chimique, biologique, radiologique, nucléaire et explosifs), les technologies et les matériels adaptés ; la prévention de la pénétration des agences gouvernementales, de renseignement et des sociétés militaires privées (contractors) ; prévenir la compromission des biens nationaux critiques ; ainsi que de conduire des opérations sophistiquées contre des pays ciblés.

Objectifs de programme et résultats : Identifier les objectifs des services de renseignements étrangers, ses officiers, ses installations et ses opérations. Perturber et stopper les opérations de renseignement des services étrangers, enfin, par des formations bien spécifiques (que conduit déjà d’une part le ONCIX) faire changer et évoluer le comportement des institutions et des individus face à la menace.

Stratégies : Le FBI souhaite dorénavant sortir de la bureaucratie latente en forçant ses agents à mieux connaître leurs domaines, engager des partenariats stratégiques, conduire des opérations sophistiquées de contre espionnage, de comprendre les menaces et de mieux informer le client final : le gouvernement et les politiciens.

Afin de démarrer efficacement le renouveau du bureau fédéral d’investigation, Robert Mueller a nommé, le 12 août 2005, Gary M. Bald directeur de la NSB (national security branch) qui applique depuis la nouvelle stratégie du FBI. Gary Bald n’est pas un inconnu dans les rangs du FBI, puisqu’il y a commencé sa carrière en septembre 1977, grimpant les échelons du service en traquant sans relâche le crime organisé et les trafiquants de drogue. Très vite Gary Bald a managé des équipes d’Atlanta à Boston puis Baltimore où il a été responsable des activités du bureau pour le Maryland et le Delaware. C’est Bald en personne qui a été chargé des investigations dans la traque du sniper fou en automne 2002. Mueller le choisira ensuite en tant qu’assistant adjoint du directeur pour le contre-terrorisme à la CTD (couter-terrorism division), puis en octobre 2004 il sera parachuté assistant exécutif du directeur pour le contre-terrorisme et le contre-espionnage. Dans sa présentation face à l’auditoire attentif, Gary Bald a expliqué que les buts stratégiques, objectifs de programme et résultats ne peuvent se mener à bien que si la prise de conscience est générale, trois points ont été abordés : l’expérience tout d’abord, avec une formation continue, des trainings spécifiques qui puissent assurer une continuité ; puis la gestion des ressources avec des équipes de contre-espionnage dans chaque division de terrain du FBI, la consolidation financière avec une meilleure distribution pour les dotations du personnel, l’acquisition de matériel adéquat ; puis le renseignement avec la collection et le partage de l’information (information sharing).

pistoleA ce propos, les cadres du FBI et les officiers des autres principales agences de renseignement ont émit le souhait de l’unification d’un système informatique, le problème actuel des américains étant le nombre de réseaux informatiques liés à communauté du renseignement : les 15 agences travaillent sur 200 réseaux informatiques qui ne sont pas tous forcément interconnectés, de plus il se présente des problèmes d’accès selon la compartimentation de l’information parfois à cause des accréditations de l’agent fédéral ou de l’officier de renseignement qui s’avèrent incompatibles (une accréditation TopSecret/SCI sur un réseau n’ouvrira pas forcément l’accès à des documents d’un autre réseau). Cette latence et ces complications informatiques ne semblent pas à l’ordre du jour, même si John Negroponte, le directeur central du renseignement américain reçoit des dizaines de demandes par jour d’utilisateurs médusés de ne pouvoir avancer dans leurs investigations parce qu’un système les bloque dans leur demande d’information.

Les activités du centre national du contre-terrorisme ont été présentées par Arthur M. Cummings II, principal directeur adjoint. Dans la continuité de la réforme du renseignement du 17 décembre 2004, M. Cummings a présenté l’organisation et les activités du centre. Le NCTC dispose de 289 agents du gouvernement assignés au FBI, DOD, CIA, DHS, Département d’Etat, Département de l’Energie, NRC (Nuclear Regulatory Commission), Département de la Santé (HHS), USDA (agriculture), USCP (capitol police), et le trésor. Ces agents gouvernementaux bien qu’assignés au centre national du contre-terrorisme restent sous l’entière autorité de leurs entités respectives. Les activités du centre sont renforcées par 560 contractuels privés (contractors).

A ce stade d’avancement, le NCTC supporte une architecture informationnelle capable d’engendrer des requêtes de recherches fédérées sur les 26 réseaux informatiques où sont stockés des dizaines de terabytes de données disponibles pour le gouvernement fédéral américain.

Jean-Paul Ney à Washington pour Paris Match & TTU International (Octobre 2005).  Les photographies sont (c) Jean-Paul Ney. Toute reproduction du contenu est strictement interdite sous peine de poursuites.

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