Le Mossad, plus de 50 ans d’espionnage et d’action

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Les services secrets israéliens suscitent depuis toujours la curiosité du public, l’admiration des services étrangers et la crainte dans les rangs des ennemis d’Israël. Malgré les récents échecs, la multiplication des « affaires » et des scandales de la vie politique israélienne au coeur du secret, le Mossad a toujours su se préserver et mener de front deux terribles combats : la préservation de l’intégrité d’Israël et le combat contre le terrorisme, surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et les menaces d’Al-Qaïda.

Cercle des trois
Souvent appelés à tort « Mossad » les services de sécurité et de renseignement d’Israël sont regroupés au sein d’une structure, le General Security Service. Cette structure regroupe toutes les unités d’opérations spéciales, de sécurité et de renseignement, qu’elles soient issues du Ministère de l’Intérieur, de la Défense et de l’Etat Major. Pourtant, le Mossad est chargé de récupérer du renseignement à l’extérieur, le Shabak (ancien Shin-Beth) lui est chargé de la sécurité intérieure quant à l’Aman, lui est en charge du renseignement militaire (potentiel des nations arabes, planification et collection du renseignement et stratégie militaire).

A eux trois, ils forment « l’intelligence » d’Israël, qui, en cinquante ans a développé les meilleures techniques de renseignement connues à ce jour. Les services de renseignement israéliens ont longuement été admirés et reconnus par les auteurs de romans d’espionnage, ils ont aussi développé la crainte chez les ennemis d’Israël. On raconte que Abou Djihad, éliminé par le commando Matkal à Tunis le 16 avril 1988, voyait des « agents » israéliens partout où il se déplaçait, il en avait fait une telle phobie que ses gardes du corps ne savaient plus ou donner de la tête. Avec la CIA, les services de renseignement israéliens sont les plus actif au monde et l’ironie de l’histoire fait que lors de certaines rencontres avec leurs homologues de la américains, ce soient eux qui dispensent les cours de « mise à jour ». Les élèves auraient donc dépassé le maître ? Créé par une directive de David Ben-Gurion, le Mossad (l’Institut) verra le jour le 1er avril 1951. Ben-Gurion se plaisait à dire « La matière première d’Israël c’est la matière grise », il ne se doutait pas, à l’époque, qu’il allait engendrer une génération de surdoués et de tacticiens hors pair. Ces hommes venaient de divers horizons, ils étaient agriculteurs, combattants de l’Irgoun, rescapés d’Auschwitz, ou tout simplement sionistes dans leurs coeurs et dans leurs âmes.

Ils ont débuté « au culot », ils ont disséqué, assemblé, et étudié les techniques du renseignement. Ils ont appris, tant bien que mal, à collectionner et à analyser l’afflux de renseignements, aussi divers les uns que les autres : Militaires, humains, ou techniques. Mais pour faire face aux guerres incessantes et au manque d’organisation, un découpage des services se faisait plus qu’urgent. Le Mossad allait devenir le service que l’on connaît aujourd’hui.

Recrutement public

Fin juillet apparaissait dans la presse israélienne une pleine page pour le moins troublante : « Tout le monde ne peut pas entrer au Mossad, mais peut-être vous » mais encore « Le Mossad recrute, pas n’importe qui, pas tout le monde, mais peut-être vous ». Les médias s’emballent et crient à la mauvaise plaisanterie, un animateur de radio célèbre ira même à appeler le numéro de téléphone inscrit pour tenter, avec un complice, de se faire recruter. Mais voilà, le Premier Ministre Ehud Barak approuve et les langues se délient « Nous rencontrons des difficultés à attirer de nouvelles recrues » affirme-t-il dans la presse du lendemain. Parmi les anciens du service, Yitzhak Hofi, n’hésitera pas, lors d’un talk show sur la radio publique israélienne, à donner son point de vue « Nous avons aujourd’hui et plus que jamais besoin d’agents secrets parce que les dangers d’hier sont encore et toujours les menaces d’aujourd’hui ».

L’ancien directeur du Mossad de 1989 à 1996, Shabtai Shavit, qui dirige l’Institut de Contre Terrorisme à Herzliya, approuve mais explique que le processus de paix à changé la priorité des jeunes israéliens « qui de nos jours sont beaucoup plus attiré par le côté matériel et le « confort » que peut leur apporter une telle place plutôt que le côté « agent secret » ». A la Knesset, le Parlement israélien, les avis divergent et certains n’hésitent pas à faire la comparaison de cette vaste campagne de recrutement avec celle de la CIA, les services secrets américains ou du MI5, les services secrets britanniques.

D’autres crient à la caricature et à la déconfiture du Mossad depuis les récents échecs de l’Institut en Suisse et en Jordanie. Sur la base aérienne de Kfar-Tsin, autre pôle d’entraînement du Mossad, la publicité est affichée puis retouchée par quelques militaires en manque de plaisanterie, on peut y lire quelques sentences tracées au feutre rouge ou noir en hébreu et même en russe : « Recherchons Jobnikims (’planqués’ en argot militaire) », « Si tu veux te prendre une rouste c’est ici » mais encore « Q.I inférieurs à 10 acceptés ». Même les toilettes de la base n’ont pas échappé aux sentences crues des jeunes militaires. « C’est inacceptable, raconte un officier supérieur de la base, de mon temps on respectait le Mossad, aujourd’hui les jeunes ne savent plus et ne veulent même pas imaginer que si ce pays existe c’est en partie grâce aux opérations clandestines du Mossad ».

La campagne a fait son effet, CNN et la BBC en ont fait les choux gras dans leurs éditions et, bien sûr, Internet n’a pas échappé au phénomène « devenez un agent du Mossad ». En moins de 24 heures, la planète toute entière était au courant de la nouvelle. « Mission accomplie, rétorque notre guide, la diaspora juive à travers le monde reste notre priorité, c’est le noyau dur de notre organisation. Il est évident que certains ne resteront pas sans réagir même si ce recrutement est réservé aux israéliens de nationalité ». Fort est de constater que ce dernier à raison, en effet, comme l’affirme un anonyme « c’est hors d’Israël que l’on peut encore trouver de purs sionistes, c’est d’eux que nous avons le plus besoin ». Une publicité réussie et qui draine dès les premiers jours les futurs candidats pour une sélection en vue de rejoindre comme elle l’affirme : « Une unité d’élite qui requiert des capacités exceptionnelles doublés d’une motivation exceptionnelle ».

Les détails de cette sélection sont classifiés top secret. A l’époque des faits, nous avions eu vent de certains exercices où les candidats sont privés d’eau, de nourriture, de lumière et de sommeil. L’un deux raconte « Le pire, c’est d’être privé de sons. Pour le cerveau c’est insupportable. De temps en temps, les instructeurs nous faisaient entendre des cris, des pas ou des coups, parfois même des sons très aigus, stridents et sur un temps relativement long. Privé de lumière, de sucre et de sommeil, on tombe très vite dans le délire, le stress augmente, les tripes vous font mal, très mal, on se pisse dessus. Un gars venait et nous donnait des claques sur la tête pour nous éviter de nous endormir. Puis on nous questionnait encore et encore, en arabe, en russe, en anglais, en espagnol et même en français ! Toujours les mêmes questions : Qui êtes vous ? Pour qui travaillez vous ? On devait tenir notre couverture pendant de longues heures. Je ne sais pas combien de temps j’ai tenu, mais ce que je sais c’est que j’ai perdu quatre à six kilos et que je ne m’en suis remis qu’au bout de deux semaines ».

Pour certains officiels ces exercices ne sont plus dans le programme. Pour d’autres ce ne sont que des exercices obligatoires réservées aux « combattants » envoyés dans les pays arabes, comme l’affirme un responsable du Lohamat Psichlogit, le service de guerre psychologique du Mossad.

Et pourtant, des échecs…
Cela n’a pas empêché les jordaniens et les diplomates canadiens de démasquer deux agents israéliens venus à Aman dans l’intention d’abattre Khaled Mechaal (chef des services politiques du Hamas) fin septembre 1998. Sous les noms d’emprunt de Barry Beads et Shawn Kendall, les deux agents n’ont pas résisté plus de dix minutes à l’interrogatoire d’un diplomate canadien appelé en urgence par les Jordaniens. Même situation quelques mois avant, plus exactement le 19 février 1998, à Berne, en Suisse, où la police helvétique arrête un israélien possédant deux noms d’emprunt : Isaac Bental et Jacob Trak. La police ne force même pas pour découvrir le vrai nom du suspect qui surveillait alors un libanais soupçonné d’appartenir au Hamas : « Je ne peux pas révéler ma véritable identité, sinon je risque d’être tué » affirma-t-il aux policiers quelques minutes après son arrestation.

Selon un ex-agent du Mossad, ce comportement est inexcusable : « Quand j’étais à l’Institut de 1970 jusqu’en 1985, on nous faisait passer des tas de tests et d’exercices pour que nos couvertures soient crédibles. Nous devions être capables de tenir vingt-quatre à quarante-huit heures. Ce qui se passe aujourd’hui montre bien dans quel état se trouve le service. Ces exercices de pression physique modérée n’ont rien à voir avec ce que nous subissions de mon temps. Parfois, cela marchait tellement bien qu’on s’amusait à déjouer notre propre sécurité à l’aéroport de Lod, on arrivait à passer les contrôles et les interminables questions à répétition du Shabak (sécurité intérieure) avec nos vrai-faux passeports, notre culot et notre entraînement ».

Quel avenir pour le Mossad ?
Difficile à dire, tant depuis le début de la deuxième Intifada et les attaques du 11 septembre ont drainé une vague d’antisémitisme et d’anti-américanisme exacerbés, tant aussi, d’opérations ratées qui ont entaché le service ce qui a précipité la démission de Dany Yatom. Ephraïm Halévy, ancien chef d’opérations et diplomate, ex-ambassadeur d’Israël auprès de la CEE, lui a succédé pour faire face à trois épines plantées dans le pied de David : Faire face au support de l’Intifada dans le monde, épurer et relancer le service, faire face au terrorisme et aux risques inhérents à la menace d’Al-Quaïda et consort.

Mais le Mossad, selon un expert anonyme rencontré à Tel-Aviv, « peut faire face pour une seule et unique raison, le sionisme des ’expatriés’ », un avis qui rejoint bien d’autres spécialistes. Depuis la fameuse affaire « Mega », cette taupe du service israélien à la Maison Blanche, depuis la fameuse affaire bidon du ’Monde’ et de ’Intelligence On Line’ qui avaient affirmé qu’un réseau d’espions israéliens avait été démantelé aux Etats-Unis, les coups contre le service surgissent de partout. Il est fort à parier qu’avec un directeur tel que Halévy le service risque de retrouver rapidement son efficacité, sa ténacité et sa discrétion.

Permis de tuer
Nous sommes à Munich en août 1972, le monde entier attend l’ouverture des jeux olympiques. Un symbole entoure cette grande manifestation sportive : Une délégation d’athlètes israéliens sera présente. Mais dans les coulisses de l’organisation un problème se pose, les autorités autrichiennes et germaniques rechignent à intégrer une équipe de spécialistes du contre-terrorisme venus de Tel-Aviv. Décision finale du supérieur de la sécurité : « Munich n’est pas Beyrouth, nous avons de quoi entretenir la sécurité des athlètes et du village entier ». Monumentale erreur, vous en connaissez la suite : Un commando palestinien s’infiltre dans le village le 2 août et prend en otage les athlètes israéliens avec l’aide d’agents de la STASI infiltrés sur place. Pris au dépourvu, la police et les autorités allemandes s’organisent au mieux. C’est pourtant dans un désordre total que sera traité l’affaire. Les autorités de Tel-Aviv proposent d’envoyer un spécialiste -qui est déjà là incognito- L’Allemagne refuse.

Ce dernier observe les préparatifs et envoie des informations alarmantes à Tel-Aviv : Les hommes de la police ne sont pas des experts, les pseudo tireurs d’élite sont postés au plus grand ses hasards, les armes sont inadaptées et le plan est plus que bancal. En effet, les terroristes ont demandé un hélicoptère et les autorités ont accepté : Première grosse et fatale erreur qui conduira à la mort des onze athlètes israéliens, un policier allemand et quatre terroristes sur le tarmac de l’aéroport. Trop c’est trop, en ce jour de deuil national en Israël, Golda Meir, alors Premier Ministre, décide de venger la mort de ces innocents. Elle fait appel à une équipe spécialisée du Mossad, la branche KidonMetsada, un groupement d’officiers traitants responsables des combattants et du suivi des opérations. Cette branche, spécialisée dans les exécutions et le kidnapping nommée ’la baïonnette’ va traquer pendant plus de vingt ans les auteurs, complices et assistants de ce terrible massacre. « Il faut savoir se battre, se battre à mains nues, avec n’importe quel type d’arme en circulation, avec un couteau, avec un stylo et même une carte de crédit. Nous devons manipuler les explosifs, les plus hautes techniques de surveillance, de filtrage et de filature » conclue un officier toujours en poste et qui fut l’un des auteurs de l’exécution d’Ali Hassan Salameh, le cerveau de l’opération de Munich et chef du commando Septembre Noir. « Nous l’avons traqué sept ans, la plupart des Kidonim (hommes et femmes du Kidon) n’ont eu aucune vie privé pendant cette longue et difficile traque. Ce fut très long, énormément fastidieux et très épuisant, la moindre erreur pouvait tout faire basculer. Mais on avait d’autres équipes à nos côtés, les services technologiques, la logistique et notre réseau de sayanin (des coopérants juifs à l’étranger), j’avais vingt-quatre ans à l’époque » ajoute-t-il avec un brin de nostalgie n’hésitant pas à s’insurger contre les récentes opérations ratées de l’Institut. « Aujourd’hui le Mossad est embourgeoisé, c’est une période néfaste que nous vivons là. J’ai vu des gars revenir avec plus de 10.000 dollars de notes de frais alors qu’ils étaient juste envoyés pour une mission de routine, rien de bien méchant ! » et de scander « Les jeunes ne sont plus sionistes, c’est de la foutaise, ce qu’ils veulent c’est une bonne place, un bon salaire et surtout ne pas prendre de risques pour ne pas faire de vagues ! ». Ironie du sort, quelques jours après l’affaire suisse et jordanienne, les employés de l’Institut se voient partiellement suspendus de leur ’permis de tuer’ et manifestent ce choix infondé en menaçant de se mettre en grève pour défendre les acquis de leur emploi ! Ce qui précipite la démission, le mardi 24 février 1998, de celui qui fut aide de camp du Premier Ministre assassiné Yitzhak Rabin, le Général Danny Yatom.

Les Q.G du Mossad
Pour ceux qui seraient tentés de ’voir’ les agents les plus célèbres au monde, rien de plus facile : rendez-vous au Hadar Dafna Building, sur le boulevard King Saul à Tel-Aviv. Vous ne verrez’rien. Pourtant c’est bien ici que se trouve ’la fourmilière’ de l’Institut où travaillent sans relâche les quelques 580 agents et 2000 collaborateurs permanents. Ailleurs, à Herzeliya, plus au sud de Tel-Aviv, perché sur une colline, se trouve le centre d’entraînement (la Direction de la logistique, des opérations et de l’entraînement). Ce lieu, ’Tsomet Glilot’, est aussi la résidence du Premier Ministre. Dans cette petite bourgade chic qui compte ambassades étrangères et résidences des anciens du Mossad, se montent les opérations, se fabriquent les faux papiers (une gigantesque imprimerie hi-tech se trouve au 2eme sous sol). Dans ce centre top-secret se teste le matériel existant ou original développé pour l’occasion par le département technique.

(c)Jean-Paul Ney 1995-2005

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1 Comment on "Le Mossad, plus de 50 ans d’espionnage et d’action"

  1. intéressant avec le recul actuel, l’assassinat à Dubaï.

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