Les radio-amateurs interceptent « les bon baisers » du Mossad

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mossadC’était un soir de mars 2006, KPA (kilo-papa-alpha), la station ondes décamétriques du Mossad, envoyait à tous ses agents clandestins disséminés à travers le globe un message non codé, non chiffré et très vite compris par les destinataires et les dizaines d’autres services nationaux chargés de veiller sur les transmissions radiophoniques adverses et/ou subversives. Couramment appelées « stations de nombres », elles émettent des messages cryptés en morse, en phonie, en radiotélétypie ou dans des modes spécifiques.

Il s’agit le plus souvent de séquences de chiffres ou de lettres qui ne semblent pas avoir grande signification. C’est une voix féminine tant connue des radio-surveillants, radio-amateurs et autres passionnés des ondes qui annonce en ce 15 mars 2006 et a hauteur de fréquence 5339 kHz : « Golf 1 (one) Oscar 2 (two) Oscar (three) Delta 4 (four) November 5 (five) India 6 (six) Golf 7 (seven) Hotel 8 (eight) Tango » en réitérant le message à plusieurs reprises. Une fois noté, apparaît :

KPA G1O2O3D4N5I6G7H8T

Il suffit alors de supprimer les unités, ce qui donne en clair: GOOD NIGHT.

La station KPA du Mossad souhaite assez rarement une « bonne nuit » à ses destinataires et en clair, les messages étant codifiés selon une grille de référence annoncée en début de message. C’est pourtant ce qu’il s’est reproduit sur une autre fréquence, il y a seulement quelques jours. Les vérifications ont été faites en croisant les surveillances radios de trois autres récepteurs, dont deux en Russie. C’est un de ces deux derniers qui a enregistré, une fois de plus, les bons baisers du Mossad.

A l’ère des nouvelles technologies qui ont largement modifié le captage, la diffusion, la circulation, le transport et le cryptage de l’information, comment peut-on encore utiliser des « stations de nombres » ? Selon l’adjudant F., spécialiste des écoutes à la DGSE « c’est facile, simple, efficace et très léger, on peut recevoir a heures fixes n’importe où sur le globe avec un simple poste radio récepteur d’ondes courtes ou décamétriques, parfois légèrement modifié. L’interprétation du message se fait alors comme sur une crypto-grille, par exemple de type Aroflex développée par Siemens pour l’OTAN. C’est vraiment très efficace » explique le militaire.

A qui était destiné un tel message ? personne ne pourra répondre avec plus de précisions mais la station a été clairement identifiée, la voix reconnue par les spécialistes que l’on peut entendre aussi très souvent sur 5230 kHz et 5339.5 kHz, sous l’identifiant Mike India Wisky, ou d’autres comme Echo Zulu India sur 9130 kHz…

« Il est clair que ces messages sont destinés a des personnes seules capables de reporter les nombres sur une crypto-grille, autrement dit des gens dans l’ombre, voire dans le noir total », explique Frank Trautmann, spécialiste du renseignement et des opérations spéciales, « il y a des heures fixes, des timeline de transmission, si l’on rate un message a telle heure, il se répète automatiquement plus tard, sur la même fréquence ou quelques heures après sur une autre fréquence, rien n’est indiqué sur ce tableau, il n’est complet qu’avec une formation qui nécessite une certaine mémoire. »

Les exemples de stations de nombres du Mossad peuvent permettre une certaine compréhension de la forme des messages en général, comme par exemple Victor Lima Bravo :

Tout d’abord VLB est répété trois fois, puis « message, message », ensuite « group 34, group 34 » et « text, text », vient le message codé pour la grille « APCNK BVGTN OLYUI GDFPV » et la voix termine par « end of message » puis un « repeat, repeat ». Le message est répété une deuxième fois et enfin la voix annonce « end of transmission ». Souvent, ces messages qui semblent relativement importants sont répétés toutes les quatre à six minutes.

Aux transmissions par ondes courtes sont préférées les ondes décamétriques qui permettent une propagation par réflexions successives entre le sol ou la mer et certaines couches de l’ionosphère et par l’onde de sol. Elles peuvent ainsi être reçues à une grande distance de l’émetteur, même en présence d’obstacles naturels (reliefs) ou artificiels (grands immeubles) ou même lorsque la courbure de la surface terrestre empêche une liaison en vue directe entre la station émettrice et la station réceptrice. Comme les conditions de propagation dépendent beaucoup de l’ionisation des couches hautes de l’atmosphère, ces liaisons à longue distances ne sont pas possibles en permanence. Les fluctuations du rayonnement solaire et la position des zones ionisées déterminent fortement la faisabilité d’une liaison sur ondes courtes. Avant le développement des télécommunications par satellites, les ondes courtes ont permis d’établir des liaisons par radio entre n’importe quel point du globe et ce avec des moyens parfois incroyablement modestes : une puissance inférieure à 1 watt suffit parfois pour contacter les antipodes, quand la propagation est favorable.

Actuellement, les spécialistes civils et militaires scrutent toujours avec attention les stations de nombres du Mossad « c’est comme si on savait mais sans voir ni comprendre » explique Argyl, un radioamateur américain, ex-militaire et passionné des ondes. « Les israéliens utilisent toujours ce système de communication, ils le couplent avec d’autres méthodes, au siège du Mossad près de Herzlia en Israël, on peut y voir d’assez loin pointer des antennes qui ne trompent pas par leur forme et leur hauteur… » Précise le spécialiste du renseignement Frank Trautmann.

Ils sont des centaines à travers le monde à veiller sur les ondes, par passion ou par curiosité, à attendre des heures durant les bon baisers du Mossad, là où d’autres au même moment posent sur une grille les messages les plus secrets et des mieux gardés de toute l’histoire moderne du renseignement électronique.

Jean-Paul Ney

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