Qui sont les soldats de l’ombre ?

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Le 13e régiment de dragons parachutistes est un régiment français constitué sous l’Ancien Régime par le Marquis de Barbezières au Languedoc en 1676, et formant actuellement une unité parachutiste. Spécialisé dans le renseignement, il fait partie depuis 2002 de la BFST (Brigade des Forces Spéciales Terre) et dépend, pour emploi, du chef d’état-major des armées et, par délégation, de la DRM (Direction du Renseignement Militaire) ou du COS (Commandement des Opérations Spéciales). Le 13e dragons est un des plus anciens régiments de cavalerie français.

Le 13 est une branche de la Direction du Renseignement Militaire (DRM), qui dépend elle-même de la Brigade de Renseignement et de Guerre Electronique (BRGE) qui regroupe dans l’Est plusieurs régiments, dont le 13e RDP. Ce dernier est effectivement le seul consacré à la recherche humaine sur zone, les autres se consacrant au recueil de données à distance.


n665458521_190378_6208Le 13e RDP à été crée en 1676 portant successivement les noms de ses colonels et celui de « Dragons de Monsieur », il devient le 13eme régiment de Dragons en 1791, puis « Régiment de Dragons de l’Impératrice » sous le second empire, nom de tradition qu’il continue à porter. C’est en 1952 qu’il prend son appellation actuelle. En garnison à Dieuze depuis 1963, ce régiment de recherche dans la profondeur à la particularité d’être interarmes et dépend de la Brigade de Renseignements et de guerre électronique. Il a pour marraine depuis avril 1959 Son Altesse Impériale Alix, princesse Napoléon.

Les professionnels du 13e régiment de dragons parachutistes (RDP), l’une des branches de la brigade de renseignement de l’armée de terre, constituent le réservoir humain de l’espionnage militaire français. La technologie la plus performante ne peut toujours pas faire l’économie de l’homme, indispensable à l’élaboration de toute opération de terrain. Seule l’addition des satellites, centres d’écoutes ou avions espions d’un côté, et de l’autre des yeux et des oreilles d’un soldat, permet à cette armée secrète de fonctionner.

Un sous-bois humide. Des feuilles mortes, jaunes et rousses, forment un humus ébène, gluant. Détrempé par la pluie. Subitement, le sol tremble. Puis se fend. Rien à voir avec l’échelle de Richter. En effet, gravissant un à un les barreaux d’une échelle improvisée, grossièrement clouée, un homme, en treillis camouflé, s’extraie du ventre de la terre. Dans la nuit opaque, il sort une paire de jumelles de vision nocturne. Il scrute loin, très loin, une petite cabane déglinguée. En réalité le PC ennemi. Un instant après, le soldat se faufile à nouveau dans la planque. Il referme sur sa tête un couvercle fait d’humus et de fougères. Dans l’obscurité de son bunker forestier, il tapote furtivement les touches de son ordinateur portable et transmet à sa hiérarchie les données observées.

Les professionnels du 13e régiment de dragons parachutistes (RDP), l’une des branches de la brigade de renseignement de l’armée de terre, constituent le réservoir humain de l’espionnage militaire français. La technologie la plus performante ne peut toujours pas faire l’économie de l’homme, indispensable à l’élaboration de toute opération de terrain. Seule l’addition des satellites, centres d’écoutes ou avions espions d’un côté, et de l’autre des yeux et des oreilles d’un soldat, permet à cette armée secrète de fonctionner.

Au cours des siècles, les dragons se sont mus en taupes

Deux régiments, le 2e de Hussards, une unité blindée basée à Sourdun, en région parisienne, et le 13e RDP de Dieuze, en Moselle, composent ce que les militaires appellent « la recherche humaine ». Toujours en uniforme, même s’ils se camouflent, ils ont pour mission de collecter et de transmettre les résultats d’observations effectuées in situ.

Dieuze, 5000 habitants, bourg riant du pays du Saulnois, coincé entre les plaines champenoises et les Vosges. Pourtant, derrière un haut mur de briques rouges palpite l’un des cœurs du renseignement militaire. Le quartier Lyautey, une caserne jadis érigée par les Prussiens, abrite le 13e RDP. A première vue, rien d’exceptionnel. La bannière tricolore et l’étendard du régiment claquent dans le vent glacé. Plus loin, la salle d’honneur, un panégyrique gravé dans le bois de l’entrée : toutes les opérations du régiment, de 1676 à nos jours. Une bonne centaine. Epier et renseigner : l’un des plus vieux métiers du monde. Le 13e RDP est exclusivement dédié à cette activité, qui combine aujourd’hui haute technologie et compétences humaines. Risques de défaillance…

n665458521_190377_6034Afin d’éviter cela, chacun des mille soldats du régiment reçoit une formation spéciale pendant une vingtaine de mois qui le rend pleinement opérationnel. Au menu : tests psychologiques, apprentissage de langues étrangères, initiation à la photo, mise dans des conditions extrêmes et, bien sûr, maîtrise des techniques d’infiltration et de camouflage. Car les « dragons » du 13e doivent avant tout être des soldats furtifs, des paras invisibles, tantôt couleur sous-bois, tantôt transformés en rochers dans une rivière.

Répartis en deux catégories – observateurs ou radios, c’est-à-dire spécialistes des transmissions -, les hommes de cette troupe secrète sont à même d’intervenir en n’importe quel point du globe. Par voie aérienne, aquatique ou terrestre. Tous parachutistes de formation, ils maîtrisent les airs. Mais seuls certains sont estampillés Sotgh. Ce sigle barbare désigne les sauteurs opérationnels (« chuteurs opérationnels »)de très grande hauteur. Traduction civile : ces soldats sont largués, avec 80 kilos de matériel répartis sur le ventre et sur le dos, à 10 000 mètres d’altitude. Ils subissent le même entraînement que les pilotes de chasse. Equipés de masque à oxygène, ils sont capables de dériver, dans le silence et dans le froid, sans être détectés par le moindre radar, sur une centaine de kilomètres afin d’atteindre leur cible.

Tout aussi discrets, les hommes-poissons, estampillés comme « nageurs-palmeurs ». Aussi aguerris que des commandos de marine. En combinaison sèche, armés de fusils étanches, le visage noirci, ils remontent les fleuves, stagnent dans les étangs ou s’infiltrent par les rivières. Ils poussent leur imposant barda, bien compact, bouclé dans des sacs hermétiques, tout bonnement au fil de l’eau ou sur de petits canots maquillés en corps flottants.

n665458521_190382_7121Enfin, sur la terre ferme, les dragons de Dieuze pilotent indifféremment n’importe quel véhicule tout-terrain ou des motos. Camouflés par d’étonnantes combinaisons indétectables, couleur neige ou forêt, ils crapahutent, de jour comme de nuit, totalement fondus dans le paysage. « Tous les moyens d’infiltration sont bons. Il faut simplement qu’ils soient adaptés à la mission et au terrain. Mais on peut tout imaginer », indique un officier du 13e.

A l’arrivée « sur zone », la mission touche son « cœur ». Observer et renseigner. Vérifier la localisation exacte d’une cible, analyser l’activité d’un PC ennemi. Tout voir sans être vu, jamais, et tout comprendre. Les véhicules tout-terrain, canots et autres parachutes sont enterrés ou camouflés. Capables de vivre en autonomie totale des semaines d’affilée, pratiquement sans bouger d’un centimètre, les soldats aménagent leur poste d’espionnage. Le plus spectaculaire : un trou, une cache intégrée au paysage.

Tantôt rocher, tantôt sapin, l’homme trompe même l’animal

Le dragon creuse une profonde ornière dans le sol, étaie la cavité à l’aide de planches ou de bouts de bois et confectionne un couvercle étanche qui lui confère, si tout va bien, invulnérabilité et invisibilité. De temps en temps, il entrouvre de quelques centimètres la trappe de son bunker individuel de fortune pour épier, photographier ou écouter. Ensuite, il fait « sortir le rens » et l’achemine à bon port, en toute confidentialité.

n665458521_190381_6731D’autres se dissimulent sous un tas de feuilles mortes, dans un tronc vide, dans une mare… Les anecdotes sont légion, de l’oiseau qui niche sur un « homme-sapin » à la bête sauvage qui s’assoit au pied d’un « talus vivant ». Qu’ils soient « chuteurs » ou « palmeurs », tous font le même boulot. Tous sont aguerris et peuvent survivre dans les pires conditions. Dans le grand froid : il leur arrive de rester immobiles des semaines entières par -20°C. Ou dans la fournaise : ils savent « sécher sans broncher ». Ils sont étanches à la mousson et imperméables au blizzard.

« La spécificité de cette unité, souligne un officier du 13e, réside dans le fait qu’elle est modulaire et autonome. Dans la préparation d’une mission, comme dans sa réalisation, nous sommes maîtres d’œuvre. Il n’y a pas d’apports extérieurs. Nos personnels sont formés pour parer à toutes sortes d’éventualités. Ils ne peuvent théoriquement pas être dépassés par les événements. »

n665458521_190380_6557Ultime défi : la légitime défense. Les dragons sont tous armés, généralement avec du matériel dernier cri mais, paradoxalement, ils sont sans doute les seuls militaires à n’avoir pratiquement pas le droit de faire feu. Pour eux, tirer est synonyme d’échec. « Cela veut tout simplement dire que l’on est repéré », reconnaît un parachutiste. De Kolwesi au Cambodge, de Sarajevo à la Somalie, cette armée invisible a accompli partout ses missions en situation extrême. Quant aux opérations en cours, « désolé, mais ça… c’est secret-défense », lâche le chef de corps.

A Dieuze, l’imposant portail du quartier Lyautey se referme sur ses secrets. Dans la nuit lorraine, le dragon de faction a une autre mission. Veiller sur la devise du régiment, inscrite sur le fronton : « Au-delà du possible ».

Escadrons du 13e RDP

– 1 escadron de base et d’instruction spécialisée (1er escadron) ;
– 4 escadrons de recherche aéroportés, mettant sur pied les équipes de recherche (2e, 3e, 4e et 5e escadrons) ;
– 1 escadron de transmissions (6e escadron) ;
– 1 escadron de réserve (7e escadron) ;
– ECL – escadron de commandement et de logistique ;
– EAS – escadron d’administration et de soutien.
Avec le 2e régiment de hussards (brigade renseignement), il est le seul régiment de recherche du renseignement derrière les lignes ennemies mais est le seul à recevoir des missions du niveau stratégique.

Historique

– 1676 : Création du régiment par le Marquis de Barbezières.
– 1791 : Le régiment est nommé 13eme Régiment de Dragons.
– 1804-1815 : Le régiment se distingue à Austerlitz, Iéna, La Moscowa.
– 1815 : Dissolution
– 1855 : Reformation
– 1936 : Mécanisation (Chars Somua, Hotchkiss)
– 1940 : Dissous après avoir perdu 90% de ses effectifs (lors de la couverture de l’embarquement d’anglais et de Français)
– 1944 : Reformation
– 1946 : Dissolution
– 1948 : Reformation
– 1952 : Reformation en tant que TAP 13RDP
– 1955-1961 : Opérations en Algérie
– 1963 : Installation à Dieuze comme régiment de recherche dans la profondeur

Les campagnes officielles

– 1954-1962 : Algérie (Kabylie,Est Constantinois,Sahara)
– 1977 : Mauritanie
– 1978-1984 : Tchad
– 1978 et 1991 : Zaïre (Kolwesi en 78)
– 1979 : Centre-Afrique
– 1986 : Togo
– 1990 : Rwanda
– 1990 : Golfe
– 1992 : Yougoslavie
– 1993 : Somalie
– 1993 : Cambodge
– 1995 : Comores

Chefs de corps

– n°01 : année 1676 : Marquis de Barbezières
– n°02 : année 1678 : Marquis de Fimarcon mort au champs d’honneur
– n°03 : année 1692 : Marquis de Fimarcon
– n°04 : année 1705 : Comte de Fimarcon
– n°05 : année 1708 : Marquis de Foy
– n°06 : année 1713 : Comte de Châtillon
– n°07 : année 1714 : Marquis de Guesbriant
– n°08 : année 1738 : Marquis d’Argence
– n°09 : année 1740 : Chevallier de Mailly
– n°10 : année 1744 : Comte d’Egmont
– n°11 : année 1753 : Marquis de Marbeuf
– n°12 : année 1761 : Comte de Chabrillant
– n°13 : année 1763 : Chevalier de Montécler
– n°14 : année 1774 : Marquis de la Châtre-Nançay
– n°15 : année 1788 : Comte de Damas
– n°16 : année 1791 : Baron de Malvoisin
– n°17 : année 1792 : Murnand
– n°18 : année 1793 : Chanoine de Rocmont
– n°19 : année 1796 : Fouques
– n°20 : année 1796 : Roget
– n°21 : année 1799 : Levasseur
– n°22 : année 1804 : Broc
– n°23 : année 1806 : Laroche
– n°24 : année 1808 : Arrighi général de division
– n°25 : année 1809 : Letort général de division
– n°26 : année 1809 : reizet
– n°27 : année 1813 : Mouginot
– n°28 : année 1813 : Dart
– n°29 : année 1814 : Comte d’ Astorg général de division
– n°30 : année 1815 : Saviot
– n°31 : année 1856 : Crespin
– n°32 : année 1861 : Pajol
– n°33 : année 1865 : Massue
– n°34 : année 1868 : Sautereau Dupart
– n°35 : année 1871 : Barbault de Lamotte
– n°36 : année 1876 : de Villeneuve Bargemont
– n°37 : année 1878 : Humann
– n°38 : année 1882 : Letenneur
– n°39 : année 1883 : Lacoste de l’Isle
– n°40 : année 1890 : de Ganay
– n°41 : année 1893 : de Cleric
– n°42 : année 1898 : Durand de Villiers
– n°43 : année 1902 : Thil
– n°44 : année 1906 : Labit
– n°45 : année 1911 : de la Tour
– n°46 : année 1915 : Larroque
– n°47 : année 1918 : Vuillier
– n°48 : année 1919 : Boucher
– n°49 : année 1919 : de Gail
– n°50 : année 1920 : Dugue Mac Carthy
– n°51 : année 1920 : Patissier
– n°52 : année 1923 : Cadiot
– n°53 : année 1925 : Perrot du Varnay
– n°54 : année 1931 : Bret
– n°55 : année 1934 : de la Forgue de Bellegarde
– n°56 : année 1935 : Bizot Espiard
– n°57 : année 1936 : Isengart
– n°58 : année 1939 : Juin de Baissé
– n°59 : année 1944 : Lesage
– n°60 : année 1948 : Henry
– n°61 : année 1952 : Roland
– n°62 : année 1954 : Audemard d’Alançon
– n°63 : année 1956 : Pallu
– n°64 : année 1958 : Pottier
– n°65 : année 1960 : du Serech d’Aurimont de Saint-Avit
– n°66 : année 1961 : Dunand-Henry
– n°67 : année 1963 : de Courson de la Villeneuve
– n°68 : année 1965 : d’Harcourt
– n°69 : année 1967 : Bizard
– n°70 : année 1969 : Morbieu
– n°71 : année 1971 : Renaud
– n°72 : année 1973 : Faivre
– n°73 : année 1975 : Heux
– n°74 : année 1977 : Bichon
– n°75 : année 1979 : Gomart
– n°76 : année 1981 : Ferron
– n°77 : année 1983 : Baleyte
– n°78 : année 1985 : Marin
– n°79 : année 1987 : Huchet de Quenetain
– n°80 : année 1989 : Clément
– n°81 : année 1991 : de la Tousche
– n°82 : année 1993 : Fleury
– n°83 : année 1995 : Lebel
– n°84 : année 1997 : Bolelli
– n°85 : année 1999 : Lassalle
– n°86 : année 2001 : Chandouineau
– n°87 : année 2003 : Gomart
– n°88 : année 2005 : Colonel Pierre LIOT de NORTBECOURT

Décorations du régiment

Faits d’armes inscrits sur l’étendard :

* Sur les soies blanches :

– Hohenlinden 1800
– Austerlitz 1805
– Iéna 1806
– La Moskova 1812
– Ypres 1914
– Verdun 1916
– AFN 1952-1962

* Sur les soies bleues :

– Valmy 1792

Le régiment a reçu les décorations suivantes :

– Croix de guerre 1939-1945 avec palme
– Médaille d’or de la Ville de Milan (non cousue sur la cravate)

Décorations de soldats servant dans ce régiment. Armes d’honneurs (décorations révolutionnaires)

– Nicolas Brunon, maréchal des logis : Sabre d’Honneur
– Fievre, Brigadier : Fusil d’Honneur
– Guillaume Gannard, brigadier : Fusil d’Honneur
– Jean-Francois Laine, brigadier : Fusil d’Honneur
– Claude Gondard, brigadier : Légion d’Honneur

Remerciements : Cellule communication du 13e RDP, Ministère de la Défense, Lieutenant Jérôme Chabre, Lieutenant Angélique Théron, Colonel Pierre Liot de Nortbécourt, armees.com, Philippe Poulet & Christophe Gautier (agence Gamma).

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1 Comment on "Qui sont les soldats de l’ombre ?"

  1. Sacré Bonhomme les gars de ces équipes !
    Ce qui me fascine, forcement ces les capacités « hors norme » des gars.

    Mais c’est aussi combien l’art de la guerre est avant tout :
    Celui du savoir avant et se taire
    ref à ne pas faire feu, devenir un ombre, se camoufler dans le silence, devenir fantome : En ninjutsu on parle de voler l’ombre)

    La culture « camouflage »
    La capacité a s’adaptation des gars me sidérent…
    Et me fait penser à tout autre chose (qui au font n’est pas si éloigné)
    la devise des alchimistes :

    Savoir,Vouloir,Oser : Se taire.

    Remerciant ces hommes qui par leurs travail quotidien
    assure la souveraineté de notre état.

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