Dossier terrorisme (1) : Ben Laden et Abdallah Azzam, les origines d’Al-Qaïda

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Des origines du terrorisme à l’histoire moderne d’al-Qaïda, voici une série d’articles et d’analyses exclusives placées sous la supervision d’Yves Bonnet, ancien directeur de la DST et président du Centre International de Recherches et d’Etudes sur le Terrorisme. Les auteurs, Jean-Paul Ney et Laurent Touchard, sont respectivement grand reporter et directeur de recherche et chercheur associé au CIRET-AVT. La première partie se focalise sur les origines d’al-Qaïda.

Ben Laden naît le 30 juillet 1957 à Jeddah, Arabie Saoudite. Il est le dix-septième d’une famille de cinquante-deux enfants (dont dix-neuf garçons) en fait 54 enfants selon les sources. Son père est originaire de la province d’Hadramaout au Yémen. Dans les années 1950, celui ci s’enrichit grâce à une compagnie de BTP. Son empire financier se développe – en dépit de sa mort en 1968 dans un accident d’avion – en particulier grâce à la construction et à la rénovation de mosquées. Un des ses fils, Oussama Ben Laden suit le parcours scolaire classique des riches séoudiens : tout d’abord à Riyad, puis à l’étranger, en l’occurrence à Londres. A 17 ans, il épouse une Syrienne, appartenant à la famille de sa mère. C’est aussi à cette époque qu’il commence à s’intéresser à la politique, en se rapprochant de groupes critiques à l’égard de la monarchie séoudienne. En 1975, il entre à l’université King Abdel Aziz de Djedda, en Arabie Saoudite. Il en sort diplômé en génie civil en 1979. Il entre alors dans l’entreprise de son défunt père.

A la fin des années 1970, il est présenté au prince Turki Ibn Fayçal Ibn Abdelaziz, chef des services de renseignement séoudiens. Il se met à sa disposition. Le responsable décide d’employer les talents de gestionnaire du jeune homme au profit de la résistance afghane, plus particulièrement, du Hezb-i Islami. Fin décembre 1979, Ben Laden arrive au Pakistan. Sur place, il rencontre Abdallah Azzam, Palestinien de Jordanie. Azzam est un ancien membre de l’Organisation de Libération de la Palestine. Il a quitté l’OLP, indigné par la corruption régnant aux plus hauts échelons de la hiérarchie du mouvement. Azzam et Ben Laden mettent donc sur pied, depuis Peshawar, un réseau de soutien à la résistance. Azzam se charge du recrutement des volontaires aux quatre coins du Monde, mais essentiellement aux Etats-Unis, en Europe, au Pakistan, dans les Pays du Golfe Persique et en Egypte. Pour sa part, Ben Laden obtient des fonds de l’ISI ; ainsi que de donateurs privés du Golfe Persique. Son carnet d’adresses fait qu’il n’éprouve aucune difficulté à rassembler des fonds importants. D’autant que le Djihad est décrété contre les Soviétiques et qu’y participer est une obligation faite à tout bon musulman. Les wahhabites d’Arabie Saoudite et d’autres monarchies du Golfe Persique n’hésitent donc pas à venir au secours de leurs frères afghans, via de fortes sommes d’argents.

abdallah_azzamEn 1980, il effectue plusieurs voyages clandestins en Afghanistan. Il s’installe durablement à Peshawar (Pakistan) en 1982 où il retrouve Azzam. Une bonne partie de la somme distribuée par l’ISI aux factions islamistes de la rébellion afghane passe entre les mains de Ben Laden. Il en va de même pour les équipements. D’autre part, Ben Laden met à profit son entreprise séoudienne pour construire des infrastructures utiles à la guérilla : routes, hôpitaux et camps d’entraînement, ce qui lui vaut le surnom de « l’entrepreneur ». En 1984, Azzam crée une organisation non-gouvernementale : le Makhtab al-Klidamet (MAK ; Bureau des Services). Ben Laden crée également la sienne Bayt al-Ansar (la Maison des Partisans). Grâce à elles, Azzam et Ben Laden disposent d’une liberté accrue vis à vis de l’ISI et de la CIA. Les dons privés peuvent être versés directement à ces organisations, sans transiter par l’ISI ou les services de renseignement séoudiens. La manne financière ainsi obtenue est alors gérée en toute indépendance. D’autre part, le MAK et Bayt al-Ansar installent des bureaux dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Des volontaires peuvent s’y enrôler pour aller combattre en Afghanistan. Depuis ces centres, les volontaires sont pris en charge jusqu’à des camps d’entraînement installés dans la région de Peshawar. Durant cette période, Ben Laden rencontre pour la première fois le mollah Omar. Celui qui deviendra quelques années plus tard le chef des talibans n’est alors qu’un simple docteur de la foi.
Afin de connaître le devenir des volontaires qui transitent par Bayt al-Ansar, Ben Laden prend l’initiative de mettre en place un registre. Ce registre devient une véritable structure administrative de suivi des volontaires, baptisée le Registre de la Base ou plus simplement al-Qaïda – la Base -.

A partir de 1988, des tensions apparaissent entre Azzam et Ben Laden. A cette date, plus de 50.000 volontaires ont été envoyés en Afghanistan, sous l’égide du MAK et de Bayt al-Ansar. En février 1989, les Soviétiques quittent l’Afghanistan. L’aide de la CIA s’interrompt alors, ainsi que celle de l’Arabie Saoudite, du moins officiellement. Les responsables des services de renseignement séoudiens maintiennent des liens étroits avec leurs homologues pakistanais. Le 24 novembre 1989, Azzam meurt dans un attentat à la voiture piégée, avec ses deux fils, à Peshawar. Sa mort profite à Ben Laden, puisque les éléments les plus radicaux du MAK rejoignent son organisation. Plusieurs intervenants sont susceptibles d’avoir éliminé Azzam : le Pakistan, soucieux de se débarrasser d’un homme trop avide d’indépendance par rapport à l’ISI ; le KGB, désireux d’abattre un de ceux qui avaient fourni un soutien logistique aux rebelles ; Ben Laden, afin de prendre la place d’un rival potentiel dans les luttes d’influence à venir ; la CIA pour soutenir Ben Laden. Il est également possible de supposer que la CIA voulait mettre hors d’état de nuire un leader islamiste qu’elle supposait plus charismatique et respecté que Ben Laden, chef susceptible de représenter une menace pour l’avenir, dès lors qu’il n’était plus utile dans la guerre contre l’Union Soviétique. D’autant que Abdallah Azzam prône déjà le Djihad contre les Occidentaux, considérés comme infidèles.

binladen240906_228x252En dépit du retrait de l’Armée Rouge, les combats se poursuivent contre les forces gouvernementales. Les mésententes s’accentuent également entre les différentes factions de la résistance. Ben Laden ne souhaite pas s’engager dans les querelles internes afghanes. Il regagne donc l’Arabie Saoudite, où il fonde le Comité du Djihad. Cette organisation rassemble des groupes aux buts communs : le Gama’a al-Islamiya égyptien, le Djihad du Yémen, al-Hadith du Pakistan, la Ligue des Partisans Libanais, le Gamaa al-Islamiya libyen, ainsi que Baït al-Immam de Jordanie et différentes cellules du Groupe Islamique Armé algérien. Toutefois, Ben Laden semble se méfier du pouvoir séoudien qu’il estime trop versatile et proche des Américains. Il envoie alors le noyau d’al-Qaïda au Soudan à partir de 1990. Dans le même temps, l’entreprise fondée par son père est florissante, ses activités se diversifient, des filiales sont créées : télécommunications, médias, loisirs – dont la commercialisation de livres de Walt Disney -… Cet empire reçoit d’importants contrats pour la reconstruction du Liban, ravagé par plus de dix ans de guerre civile, et, comble de l’ironie, pour la construction de bases américaines en Arabie Saoudite ! En 1990, la fortune personnelle de Ben Laden est estimée à 300 millions de dollars. L’invasion du Koweït par l’Irak entraîne un vaste déploiement de forces américaines dans la région. Ben Laden propose d’engager ses hommes aux côtés des forces séoudiennes pour libérer le Koweït. Mais il condamne aussi l’arrivée des contingents occidentaux en Arabie Saoudite, qu’il considère comme le viol de la terre sacrée d’Islam. Ses relations, son passé de héros lui permettent de s’opposer sans encombre à la famille royale séoudienne. Finalement, sous les pressions de Washington, Riyad l’oblige à s’exiler. A la fin de l’année 1991, il passe quelques jours au Yémen, puis il s’envole pour le Soudan où il retrouve les cadres d’al-Qaïda.

Sur place, grâce à sa fortune et aux moyens de son entreprise, il améliore la vie quotidienne et économique du pays, comme il l’a déjà fait en Afghanistan. Il crée des entreprises : au moins une dizaine au Soudan, et une vingtaine au Yémen. Celles-ci contribuent à l’enrichissement de l’économie locale, tout en permettant le financement d’autres projets, notamment terroristes, de son organisation. Certaines sources indiquent qu’il investit dans l’exploitation de mines de diamants en Afrique du Sud, mais aussi dans un élevage d’autruche au Kenya et dans des exploitations forestières au Tadjikistan et en Turquie. Ben Laden développe des services de proximité pour la population soudanaise. Ecoles, dispensaires, pharmacies sont bâtis… Il soigne ainsi son image de marque et se rend indispensable. Mais il ne se contente pas que de réalisations pacifiques. Al-Qaïda monte en puissance militairement et clandestinement. Ben Laden fait aménager trois camps d’entraînements terroristes. Beaucoup des hommes d’al-Qaïda partent servir comme instructeurs ou combattre en Bosnie. C’est à cette époque que sont noués des contacts avec des éléments des Brigades al-Qods. Unités spéciales des services de renseignement iraniens, les brigades al-Qods entraînent les musulmans de Bosnie contre les Croates et les Serbes. Le rapprochement entre des membres des deux courants de l’Islam s’amorce alors. Les sympathies qui naissent se retrouveront plus tard. D’autres hommes d’al-Qaïda sont envoyés en Somalie, où ils participent aux actions contre les forces américaines. En 1993, il finance la préparation des premiers attentats contre le World Trade Center, ainsi que le projet de destruction du tunnel de Manhattan, à New York.

Le 07 avril 1994, la famille royale séoudienne lui retire sa nationalité. Ben Laden l’accepte mal. Il assimile cette décision à une trahison au profit de l’occupant américain. Il réactive alors tous ses contacts dans les milieux du terrorisme islamique. D’après la police et les services de renseignements britanniques, le Groupe Islamique Armé (GIA) est l’un des premiers mouvements à recevoir une aide financière de la part d’al-Qaïda. Cette aide permet, entre autres, aux membres du GIA en France de perpétrer plusieurs attentats en 1995, dont celui contre la station de métro Saint-Michel. Les pressions diplomatiques – et économiques – américaines et séoudiennes amènent le Soudan à expulser Ben Laden en mai 1996. Cependant, celui ci conserve ses entreprises et ses camps d’entraînements. Il se réfugie en Afghanistan, dans la région de Jalalabad. Sur place, les talibans sont en passe de prendre le contrôle du pays. De là, il continue probablement d’effectuer de discret voyage au Soudan. Le 25 juin 1996, un camion piégé explose à proximité de bâtiments occupés par le personnel militaire américain de la base aérienne de Dahran. Dix-neuf américains sont tués dans cet attentat commandité par Ben Laden. Le 23 août, il lance une fatwa contre les Etats-Unis. Ce faisant, il agit à l’encontre des règles qu’il prétend défendre : seule les autorités religieuses sont aptes à édicter des fatwas. En 1998, il s’installe à Kandahar où il retrouve le mollah Omar.

Fin de la première partie

1ere publication le 29/05/2007

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2 Comments on "Dossier terrorisme (1) : Ben Laden et Abdallah Azzam, les origines d’Al-Qaïda"

  1. tres bonne 1er partie…..les faits sont exactent et resume tres bien le parcours de Ben Laden et Al Qaida…….tres bon travaille…..comme toujours
    Joe

  2. Ben Laden a mangé Azzam, dans l’imaginaire du djihad afghan, or, c’est bien le second qui fut le leader de la lutte des djihadistes étrangers contre les soviétiques.

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