Dossier Terrorisme (2) : Frères ennemis ou l’impossible panarabisme

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Vu d’occident, on imagine le Moyen-Orient monolithique. On croit les musulmans tous animés des mêmes sentiments. Nous oublions les divergences et les haines entre les différentes composantes de leurs sociétés. Sur ce plan, on n’a jamais, en occident, prêté beaucoup d’attention à la division entre sunnites et chiites, une division qui s’est creusée depuis sur des théâtres de guerre que sont l’Irak et le Liban.

Il faut pour comprendre retourner dans l’histoire. En 656, Ali devint le quatrième calife, ou successeur de Mahomet. Un concurrent revendiquant son titre, un conflit éclata et Ali, pour se défendre, regroupa autour de lui ses partisans, « chiat Ali » ou partisans d’Ali. Déchu, Ali donna néanmoins naissance à une lignée d’imams concurrents des califes. De  » chiat Ali « , on fit le mot chiites. Les autres, ceux dont la loyauté allait aux califes, se prénommèrent sunnites. Le sixième imam, Jaafar As-Sadiq, ajouta des concepts nouveaux à la version chiite de l’islam qui, au cours des siècles, se différencia de plus en plus du dogme sunnite. Enfin, au XIe siècle, puis au XVIe siècle, sous les dynasties des Bouyides puis des Safavides, le chiisme fut proclamé religion officielle de l’Iran.

S’identifiant désormais à cette branche de l’islam, l’ancienne Perse se perçut comme l’autorité chiite légitime et la représentante de l’islam authentique. A ces deux titres, la caste religieuse iranienne s’estime, encore aujourd’hui, des droits imprescriptibles sur les chiites, mais aussi sur tout l’ensemble musulman, en tant qu’héritiers d’Ali dépossédé au VIIe siècle du titre califal. Or, les chiites, s’ils sont majoritaires en Irak (60%) et à Bahrein (62%), coexistent à l’état de minorités dans de nombreux pays musulmans : Au Pakistan (20%), en Afghanistan (20%), au Koweït (30%), au Liban (30%), et même en Arabie-Saoudite (3%). L’Iran, aujourd’hui en phase d’expansion politique, tente d’instrumentaliser ces minorités au nom de la religion pour servir ses intérêts. On l’a vu avec le Hezbollah, au Liban, ou avec le soutien de Téhéran aux mouvements chiites irakiens. Dans le même temps, il s’est impliqué dans une vaste campagne de prosélytisme auprès des sunnites. A Qom, la ville religieuse iranienne, un bureau a été ouvert, il envoie des missions prêcher dans les communautés sunnites et organise le séjour en Iran pour des étudiants étrangers qui, de retour chez eux, deviendront des cadres religieux. Ainsi a-t-on pu observer, toujours à Qom, de nombreux Noirs d’Afrique occidentale venus étudier la théologie chiite.

En Syrie, des familles alaouites, de la secte religieuse au pouvoir, se sont converties au chiisme. Ailleurs, au Yémen, en Égypte et même au Nigeria, les responsables politiques se sont plaints de l’activisme religieux de Téhéran, allant jusqu’à provoquer des débats sur les chaînes de télévision arabes. Dans une interview publiée par  » Newsweek  » le 29 mars 2007, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el Fayçal, a rappelé la mise en garde du roi. Si l’activisme religieux et politique de l’Iran continue, a-t-il dit,  » il finira par menacer les communautés chiites du monde entier « .

Déjà, en Irak, après l’invasion américaine, il est la deuxième cause de la guerre civile entre sunnites et chiites. Au Liban, il engendre la tension entre ces deux communautés. Un nouveau Moyen-Orient dans lequel s’affrontent les deux rameaux de l’islam est en train de se dessiner. C’est un élément à intégrer dans notre approche de cette région du monde.

Fin de la deuxième et dernière partie.

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