Ghania Tinakicht: Al-Jazira, la puissance des réseaux

Share ! Partagez ! Compartir !

Al-Jazira est en train de mener une guerre commerciale et technologique pour s’imposer dans le paysage audiovisuel international. Et puisqu’en temps de guerre tous les coups sont permis et qu’une stratégie s’impose, celle d’Al-Jazira s’exerce sous forme de réseaux. Il y a d’abord le réseau du câble d’une part, avantageux pour ses abonnements payants, et celui du satellite d’autre part, hors d’atteinte des pressions politico-étatiques et des foudres de la censure. Ces réseaux permettent à la chaîne qatarie de déverser des informations de dernière minute 24 heures sur 24 partout dans le monde. L’établissement de ses programmes sous forme de peak time permanent et sa logique de rediffusion contribuent à lui attirer des téléspectateurs de plus en plus nombreux, ce que vient confirmer le lancement d’une version anglaise de la chaîne.

Quant à Internet, il n’a pas été considéré comme un accessoire mais comme un relais d’information autonome. Al-Jazira ne s’est pas trompée en misant sur le Web. Chaque jour, son site est l’un des plus visités du monde. Le réseau téléphonique a lui aussi été investi. Il s’agit d’envoyer en direct sur le téléphone portable des clients les dernières nouvelles sous forme de SMS. Très rentable, ce service permet de devancer les attentes des abonnés et surtout de les fidéliser à l’information estampillée Al-Jazira. Les médias et les politiques ont souvent montré du doigt le réseau financier de la chaîne Al-Jazira. De nombreuses rumeurs ont vu le jour : chaîne du Hamas, puis du Hezbollah, enfin chaîne financée par les Etats-Unis ou Israël. Si l’on s’en tient à la version officielle, il s’agit d’une aide financière versée par l’Etat du Qatar. On n’en saura pas plus. Tel est l’avantage et aussi l’inconvénient d’un réseau : difficile à dénouer et à démanteler. Dans le cas d’Al-Jazira, cela lui permet de se préserver de toute attaque destinée à mettre en péril ses véritables sources de financement. Mais le réseau le plus vital pour une chaîne d’information, ce sont ses journalistes. En effet, les bureaux d’Al-Jazira sont présents dans plus de 35 capitales. Les correspondants reliés à la station sont à tout moment prêts à prendre l’antenne en direct et ainsi à être en prise sur l’événement.

Toutefois, ce qui fait réellement la différence, c’est le réseau personnel de chaque journaliste. Le carnet d’adresses est un atout non négligeable et qui a déjà fait ses preuves. Ce réseau-là semble parfois être devenu trop performant : il arrive qu’Al-Jazira soit perçue comme une simple boîte postale où sont envoyées les fameuses vidéos des différents groupes terroristes. Quoiqu’il en soit, Al-Jazira est devenue un réseau d’information sans précédent et rien ne semble pouvoir arrêter son essor : le site qui la pirate, les pressions politiques qui visent à la faire disparaître, les chaînes concurrentes qui tentent de débaucher ses journalistes, la fermeture de ses bureaux. Rien n’y fait : telle le phénix, Al-Jazira renaît sans cesse de ses cendres.

Ghania Tinakicht
Doctorante à l’Ecole de droit, sciences politiques et histoire de l’Université Robert Schuman (Strasbourg); sous le parrainage du Centre universitaire d’études du journalisme (CUEJ), elle mène des recherches sur les stratégies d’information et de communication mises en œuvre par Al-Jazira

(Visited 221 times, 1 visits today)

1 Comment on "Ghania Tinakicht: Al-Jazira, la puissance des réseaux"

  1. je vs remercie mais aidé moi je prepare un exposé sur la place d’al jazirra dans le medias arabe. je suis en licence histoire.

Leave a comment

Your email address will not be published.


*