Syrte, Apocalypse Now

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Un hôpital en ruines, un décor apocalyptique et quelques poches de résistance, retour dans la ville kadhafiste quelques heures après la mort du colonel.

Un reportage de Jean-Paul Ney pour PRESSE2.0

Nous venons de quitter Tripoli. A bord d’un 4X4 de l’unité 52, une troupe spéciale chargée de la sécurité et des investigations du CNT (le conseil national de transition). Hussein, notre chauffeur n’est pas rassuré, il se bat depuis six mois et pourtant il ne souhaite pas s’attarder à Syrte, la ville maudite. « C’est encore plein de snipers, on ne va pas rester longtemps, j’ai le devoir de vous protéger » nous dit-il avec bienveillance. Hussein, la quarantaine, deux enfants dont un à venir, est l’un des meilleurs éléments de cette unité. Faux flegme, yeux perçants, barbe bien taillée, cheveux gominés et treillis désert, il ne se sépare jamais de son AK-47 avec un double chargeur scotché au gaffeur noir.

La veille, le colonel Kadhafi a tenté de quitter Syrte, un bombardement de l’OTAN l’en a empêché, les rebelles l’ont capturé vivant après un accrochage avec ses amazones et autres mercenaires gardes du corps. Le colonel a été touché à deux reprises, une balle dans la tête et une dans l’estomac, sans doute la plus mortelle des deux, puis finalement, nous apprenons qu’il a été exécuté par un enfant de son propre peuple, ironie de l’histoire ? Même s’il est déclaré mort quelques heures plus tard et que le pays s’enflamme dans une joie indescriptible, il reste encore des mercenaires à Syrte, la ville n’a pas été « nettoyée ».

Nous passons les barrages des éléments du CNT, et nous nous enfonçons toujours plus profondément vers le chaos, incroyable, impressionnant. Aucun bruit, aucun oiseau, aucune vie, sauf quelques habitants triés sur le volet et autorisés à venir chercher quelques affaires personnelles dans des quartiers déjà sécurisés, mais à leurs risques et périls.

Le paysage est lunaire, les rues impraticables, aucune résidence, aucun bâtiment, aucun trottoir, aucun mobilier urbain n’a échappé aux impacts des uns et des autres. Dans le véhicule, Hussein et son collègue restent bouche bée, ils ont du mal, tout comme nous à réaliser « nous savions que Kadhafi était là, il communiquait par téléphone satellite avec l’extérieur, il a passé beaucoup d’appels, notamment à son fils, Saïf al Islam et à des chefs d’État, dont Al-Assad. »

Regardez la visite de Syrte, 5 longues minutes post-apocalyptiques…

Information confirmée par un autre combattant, en charge des filtrages et des accès à la ville « nous voulions le prendre vivant, mais Kadhafi avait recruté des snipers de très haut vol, ces types faisaient mouche à chaque fois, nous avons perdu beaucoup de combattants, c’était une folie pure, comme si chaque sniper jouait à un jeu vidéo, c’était à celui qui en abattait le plus. »

Le quartier Dollar et Numéro 2 sont dévastés, ils laissent pourtant deviner la richesse et le luxe qui devaient prédominer, là où Kadhafi et ses hommes jouissaient de tout, leurs dernières heures ont été vécues dans le noir, sans eau courante ni électricité, passant de villa en villa, traqués comme des rats.

Après avoir enfilé nos protections balistiques, nous nous rendons à l’hôpital Ibn Sina, où le docteur Abdalla Etbiga est l’un des rares médecins à être resté coûte que coûte. Pourtant, il a dû quitter à deux reprises ce lieu maudit, théâtre de longs combats quand les kadhafistes ou les pro-CNT prenaient chacun à leur tour ce lieu stratégique « je suis médecin, je ne fais pas de politique, j’ai soigné des combattants et des civils. J’ai fait avec les moyens du bord, c’est de la médecine extrême, couper un membre ou laisser mourir la personne, le choix ne se posait pas. Au plus fort des combats, j’ai dormi deux heures par nuit, perdu une dizaine de kilos et opéré sous les bombes jusqu’à trente personnes par jour. »

Regardez la galerie de photographies prises à Syrte

Syrte: Apocalypse Now

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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici un combattant du CNT, gravement blessé à la main, continue de traquer les derniers irréductibles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici un combattant du CNT, gravement blessé à la main, continue de traquer les derniers irréductibles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici un combattant du CNT, gravement blessé à la main, continue de traquer les derniers irréductibles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici un combattant du CNT, gravement blessé à la main, continue de traquer les derniers irréductibles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici un combattant du CNT, gravement blessé à la main, continue de traquer les derniers irréductibles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles. Ici un combattant d'origine inconnue est gravement atteint au visage, sont état est critique.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles. Le service d'orthopédie est décimé alors que plusieurs patients restent dans les couloirs.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />Après la mort de Kadhafi, Sirte reste une ville fantôme et désertée. Nettoyée de ses cadavres, il resterait encore quelques snipers selon les combattants du CNT qui en filtrent l'accès. Ici, un pick-up s'apprète à patrouiller dans la ville.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles.
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Sirte-Libye-22/10/2011<br />Jean-Paul Ney / MAXPPP<br />A l'hôpital Ibn Sina, le docteur Abdalla Etbiga est seul et isolé de tous. Alors que MSF s'est retirée de la ville fantôme ou règnent encore quelques snipers après la mort de Kadhafi. Plusieurs salles opératoires sont inutilisables depuis que cet hôpital a été la cible des pro-Kadhafistes et des rebelles.

Regard vif, humour incroyable et professionnalisme à toute épreuve, le docteur Abdalla étonne par sa joie de vivre la fin d’un conflit l’ayant transporté dans un maelström infernal qui a vu l’une des salles opératoires exploser cinq minutes après l’avoir quittée. Quand ce n’est pas un obus qui transperce trois vitres, passe dans le couloir, traverse la bibliothèque et finit dans le bâtiment d’en face… « Vous avez vu ces trous ? je ne sais pas encore comment nous sommes encore en vie » dit-il en souriant. Nous continuons une visite hors du commun, le service orthopédique est vide. En effet, les meilleurs médecins sont partis. Le docteur Abdalla nous demande de faire passer le message « j’avais des équipes entières, il nous manque de tout aujourd’hui, des médicaments, des appareils, des infirmières, je ne peux même pas communiquer avec l’extérieur… »

Dans une pièce, plusieurs jeunes sont amputés des bras ou des pieds, d’autres sont en réanimation, ce sont les derniers combattants fauchés par des snipers désespérés. Nous descendons à l’accueil, quelques rares personnes sont venues visiter des patients qu’on ne peut/veut pas évacuer, même si la plupart ont été dispatchés vers Tripoli ou à l’étranger.

Une infirmière marocaine nous remplit nos gourdes d’eau fraiche, elle est pleine d’empathie « ça fait très longtemps que je n’ai pas vu un journaliste, buvez il fait très chaud, quittez cette ville maudite, vite. »

Syrte la maudite, Syrte la Kadhafiste, dernier symbole d’un despote, restera longtemps au ban des villes martyrs, c’est pour cela qu’elle ne fait pas pleurer.

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